Le JT de demain : inéluctable ou désuet ?

En 2017, à 13h ou 20h, le JT est en crise, ou dois-je dire se meurt ? Souffrant de la dispersion de l’audience sur les chaînes de la TNT, de la concurrence sur le Web et de la florescence des chaines d’information en continu, on signe l’obsolescence de la « grande messe ». Mais qu’en sera-t-il en 2032 ? La donne va changer…

 

Crédit photo : Serge Ottaviani, Plateau du JT de France 3, novembre 2014, Source :  Wikimedia Commons.

 

 Le JT : entre transformation numérique et réalité virtuelle

« Le JT est mort, même si son cadavre bouge encore ». Tel est le constat de William Irigoyen, ancien présentateur du journal télévisé d’Arte. Pas forcément ! D’ici 2032, le JT apparaîtra sous une nouvelle forme.  L’évolution technologique et les progrès numériques transformeront le secteur du journalisme audiovisuel. Désormais, les professionnels de l’information disposeront d’une palette de nouveaux outils pour rendre accessible et présenter l’actualité aux citoyens. Ce bouleversement touchera aussi bien le cœur même du métier de journaliste télévisé que les relations avec leurs téléspectateurs. Ces derniers seront face à un JT en holographie intégrant la réalité virtuelle, l’un des phénomènes émergents permis par le développement et la démocratisation des TIC (Technologie de l’Information et de la Communication). La technologie holographique fera revivre le JT : dès 20h, le présentateur sera projeté dans le salon des foyers français évoluant en 3D que l’on pourra admirer sous différents angles, en le contournant simplement sans besoin de casque ni de lunettes 3D. L’hologramme à forme humaine donnera une illusion très particulière du journaliste représenté. Une façon ludique et innovante de visionner les JT et d’être immergé dans la réalité des événements. Les informations proposées dans les JT se tourneront davantage vers l’anecdotique et l’émotionnel avec des images fortes (reportages, envoyés spéciaux…) qui se présenteront comme garants de l’authenticité et de la véracité du terrain.

Le journaliste télévisé sera présent pour assurer le lien entre les reportages, les témoins et les spécialistes qui viennent éclairer un sujet ou animer un débat. De même, les interviews sur le plateau du JT se feront eux-mêmes en hologrammes et seront téléportés en direct et connectés aux maisons des individus. Apparues pour la première fois dans l’émission 100% euro de M6, les entrevues en hologrammes de joueurs de foot de l’Euro 2016 furent appréciées par les médias étrangers. Même les politiques s’y mettent ! Avec l’apparition notamment de Jean Luc Mélenchon en meeting sous forme d’hologramme en vue des élections présidentielles 2017. Des prouesses techniques qui seront plus amplement développées et testées d’ici 2032 et seront à coup sûr adoptées par les chaines d’information continu. Beaucoup de moyens financiers seront octroyés pour arriver à constituer des JT holographiques qui changeront radicalement le mode de vie des téléspectateurs.

Ces innovations visuelles permettent de tirer un trait définitif avec le monotone JT et de faire face à la désaffection des français.  Le numérique ne sera donc plus un secteur mais une transformation complète de la société et de l’économie. L’organisation du travail s’en trouve aussi modifiée. En effet, ces techniques ultra réalistes nécessitent une équipe au grand complet dynamique et réactive. Au total entre 50 et 100 professionnels (cela dépend des chaînes) travaillent chaque jour à la réalisation de chacune des éditions du JT : chef de rédaction, rédacteurs en chef, chefs d’édition, présentateurs, journalistes de desk ou reporters, assistants de production, etc. La chaîne met en outre à la disposition de la rédaction des cadreurs ou des JRI (journaliste reporter d’images) des opérateurs du son, des monteurs vidéos, des sonorisateurs, des infographistes, plus une équipe de studio chargée de la programmation holographique où l’on retrouve réalisateur, chef de plateau, cadreurs, ingénieurs de la vision, ingénieurs du son et mélangeurs d’image … Chaque édition de JT abordera en moyenne 25 sujets sous plusieurs formes et durera en moyenne 45 minutes. Seront accordées 10 à 15 minutes de plateau assurées par le présentateur et 25 à 30 minutes de reportages et d’images commentées. L’actualité nationale comptera pour 50% de l’édition, et l’autre moitié sera consacrée à l’actualité internationale (contre 20 à 30% actuellement).

Le JT du 20h (re)constituera un rituel particulier, moment fort qui viendra structurer le flux télévisuel et surtout inscrire le téléspectateur dans une relation particulière à l’information. Il occupera ainsi une place importante dans l’espace public. Sans oublier le métier de journaliste télévisé, qui lui aussi aura aussi franchi un nouveau cap. Mais lequel ?

Marier journalisme TV et entrepreneuriat, ça existe ?

Les journalistes indépendants et les UGC (User-generated content) font déjà partie intégrante du jargon journalistique. Dès lors, un nouveau statut verra le jour : le journaliste-entrepreneur. Oui, l’aventure entrepreneuriale sera possible pour eux ! Même si nous avons toujours considéré le journaliste comme nécessairement salarié, les lois évolueront concernant son statut.

 

    Crédit photo : Manners, be.independant.com.     

En 2032, les journalistes télévisés (ou non) se lanceront dans la création de start-up de l’information et auront leurs propres émissions et chaînes d’info. Ces dernières continueront de tripler et les journalistes qui les présentent auront quintuplé. Une tendance qui permettra aux journalistes de domaines et de niveaux d’expériences différents de créer leur activité, d’innover et de monétiser leur production. Ces journalistes-entrepreneurs agiront comme de véritables agents libres et pourront offrir leurs services et diffuser directement leur production au public, sans intermédiaire. Pourquoi un tel phénomène sera accentué ? En réponse au déclin des grandes institutions médiatiques. Mais pas que, les avancées technologiques permettent aussi à tous citoyens de se lancer dans la diffusion d’information. Néanmoins, un principal obstacle surgit face à cet entrepreneuriat grandissant : l’argent. Le talent, les connaissances et les outils de diffusion ne suffisent pas … Comment le journaliste peut-il gagner sa vie hors du giron des institutions médiatiques ? Peut-être par la publicité …

Mais le marché publicitaire ne peut ainsi subvenir aux besoins de chaque personne, même les plus grands médias peinent à ce niveau là.

L’anchorman devra donc redoubler de compétence et faire preuve de rigueur et d’efficacité s’il veut créer sa propre émission télévisée. Il devra être attentif aux nouveaux supports de recherche, de diffusion et de production d’informations introduits par les nouveaux médias. L’enjeu du tri, de la collecte et de la vérification de l’information est majeur au regard de la multiplicité des sources possibles et innombrables constamment en évolution (blogs spécialisés, flux RSS, réseaux sociaux…). Ce nouveau spécimen doté de larges possibilités devra sans équivoque être habile avec la télévision du futur qui sera son acolyte de tous les jours.

La télé du futur

Média de masse dans les années 60, la télévision n’est plus ce qu’elle était, son mode de réception a changé. De nouvelles possibilités et défis technologiques sont mis à l’appui : TV 3D, interactive, connectée, mobile, HD… Mais à quoi ressemblera-t-elle en 2032 ?

La télévision du futur sera holographique et commercialisée sur le marché des nouvelles technologies. L’auteur de ce bouleversement est Microsoft, la firme de Bill Gates, qui propose une nouvelle façon de regarder la télévision avec un écran holographique et son casque de réalité virtuelle augmentée HoloLens. Le premier téléviseur holographique verra le jour à l’horizon 2032, et tous les individus visionneront le JT en holographie. Une technologie déjà popularisée dans la saga « Star Wars » dans les années 80, l’hologramme se développe encore plus loin, il sera désormais possible de jouer au casino en ligne dans des conditions réelles sur une table de blackjack, de visionner des documentaires en immersion à 360 degrés, de regarder des programmes sportifs en 3D en faisant apparaître des joueurs en hologramme en plein milieu du foyer des français. Les utilisateurs pourront ainsi interagir avec les images, zoomer sur une action, retourner en arrière et même activer les ralentis.

Passant par l’ultra haute définition (4K), la réalité augmentée et surtout la réalité virtuelle, cette immersion dans l’image représente une nouvelle frontière abolissant les barrières entre l’auteur et le spectateur qui devient acteur. Ce nouvel environnement fictif fera naitre en lui de nouvelles émotions et vivre des expériences inédites. La réalité virtuelle modifie considérablement la manière dont nous voyons le monde. Développée dans les jeux vidéos et le e-sport, elle affecte désormais le grand public en 2032.  Le nombre de casques de réalité virtuelle devrait atteindre les 26,5 millions dès 2020 selon le site Business Insider. Facebook entend bien créer un univers virtuel, avec Oculus et deviendra le géant de la réalité virtuelle d’ici quinze ans.

La télévision, bien qu’holographique, sera aussi connectée à Internet, aux smartphones, aux montres connectés avec un boitier de télé connecté (plus développé que Apple TV).  Ce téléviseur intelligent deviendra l’organe principale de la maison connectée d’ici une quinzaine d’années. Ses fonctionnalités permettront de contrôler les appareils connectés présents au sein de sa maison. Elle jouera ainsi le rôle d’interface entre les objets connectés et l’utilisateur. Ce dernier pourra depuis son téléviseur, envoyer un SMS, éteindre sa machine à laver, changer de chaîne ou regarder deux chaînes en même temps, ajuster la luminosité de ses lampes etc.

La télévision du futur sera donc multi fonction ! L’individu lambda visionne ses programmes, s’informe et se divertit à tout moment selon ses envies, le prime time devient donc anachronique.

Confrontée à la plus grande transformation de son histoire, la tv holographique évoluera parallèlement avec l’Internet vidéo qui redéfinit la manière dont on regarde la télévision. Streaming vidéo, Netflix, Tv mobile, vidéos en direct sur les réseaux sociaux, ces nouveaux formats entrainent le passage du PAF (paysage audiovisuel français) au PAP (paysage audiovisuel personnalisé) selon Éric Scherer, Directeur de la Prospective à France Télévisions. En d’autres termes, « la télévision devient une expérience personnelle sur écrans individuels où les attentes, en matière de découverte se transforment très vite » souligne –t-il.

Si bien que cette éventuelle reconfiguration de la télévision à l’heure du numérique affecte la consommation des JT notamment à travers l’information par les réseaux sociaux.

Les réseaux sociaux remplaceront-il les JT ? 

Avez-vous déjà imaginé un monde sans journaliste télévisé ? Serait-il synonyme d’une société dépourvue d’information ? Les notions de journaliste et d’information ont toujours été liées, car la dernière est le fruit du travail du premier. Dorénavant, ce point est plus nuancé avec l’arrivée de profonds bouleversements liés au web. D’ici 2032, le journalisme sera concurrencé par de nouveaux acteurs, des entreprises, des robots… et surtout les réseaux sociaux. Le JT sera alors soumis à une profonde recomposition du paysage audiovisuel marquée par la domination d’Internet et par la téléphonie mobile.

Crédit photo : CC0 Public Domain, Pixabay.com.

La Révolution numérique permet un accès immédiat à l’information  sur les réseaux sociaux, via notamment les smartphones. En dépit de la télévision, de la presse ou même de la radio, ce nouveau rapport à l’information des citoyens permet aux « infonautes » de transformer les productions journalistiques en morceaux choisis. L’accès aux infos, aux actualités se font dès lors par morceaux et de façon aléatoire au fil des alertes reçues entre autres par le géant Google, et au recueil d’infos sur nos comptes de réseaux sociaux. À l’heure où le rendez-vous quotidien avec son média (JT du 20h) sombre petit à petit, la consommation numérique de l’information choisie bat de l’aile. La consommation d’un média unique à proprement parlé n’existera plus et laissera place à une compilation faite par un algorithme des sujets susceptibles d’intéresser le citoyen. Ainsi, l’infonaute dispose d’une certaine capacité à décomposer, recomposer les contenus médiatiques, puis de les remettre en circulation accompagnés d’une touche personnelle de commentaires. Les internautes consomment désormais tout ce qu’ils veulent quand ils veulent !

À l’aube du « web first », l’info se trouve au fond de notre poche, en se connectant à Facebook, Twitter, Flickr ou Youtubeet d’autres qui verront le jour d’ici quinze ans. D’ailleurs, Facebook, réseau social le plus prisé de tous, développe une nouvelle manière d’informer en adoptant des « robots-chatteurs » sur leurs partie messagerie instantanée des pages. Il s’agit là de répondre aux questions, de diffuser du contenu aux internautes qui solliciteraient ces pages.

L’information, véritable symbole démocratique s’impose ainsi de manière connectée et souvent gratuite. Chacun devient un média à part entière : commentaires sur un site, blog spécialisé, vidéos mis en ligne sur Youtube, etc. Les citoyens s’informent sur une partie de la réalité sociale sans médiation journalistique et peuvent mettre en ligne des contenus sur les réseaux sociaux. Tous ont la possibilité de partager ses témoignages, ses photos ou vidéos d’un événement vécu qui véhiculent l’information plus vite que les journalistes. Le temps et l’information échappent alors aux journalistes qui doivent courir deux fois plus à la recherche d’actualités et de leurs véracités. Cette forme de concurrence médiatique s’accélérera d’ici 2032.

C’est en cela que les réseaux sociaux par l’abondance de leurs informations agissent comme un outil de désintermédiation ancré dans la mutation de l’écosystème des médias.

L’avenir du journalisme ne se trouve donc t-il pas entre les mains des tablettes et outils mobiles ? Probablement, avec un contenu interactif dans lequel domine une forme de coproduction citoyenne nommé le « journalisme citoyen ». Cet écosystème de Netjournalisme bouscule le confort des JT. Cette question soulève cependant la remise en cause du statut d’une certaine autorité pour lesquels les journalistes étaient reconnus.

Toute cette myriade d’informations numériques et de donnés laisse aussi place à une problématique qui ne sera guère résolue d’ici quelques années. Celle de la protection des données personnelles des individus qui suscite les questions de sécurité, d’éthique et du droit à l’ère du « Big data ».

Cet écosystème des médias qui, fort de son évolution, prend davantage en considération le social et la collaborative citoyenne via les réseaux sociaux. Cette révolution digitale permet de placer l’Homme au cœur de cette transformation. Et les nanotechnologies alors … ne viendront-elles pas bouleverser d’ici 2032 notre rapport à l’information ?

Écrit par Karima Ikiou


Sources :

Bibliographie 

  • LANCIEN Thierry (2011), « Le journal télévisé :  de l’événement à sa représentation », Edition Pessac : Presses universitaire de Bordeaux. Collection Parcours universitaire. ISBN 978-2- 86781-645-1

Webographie 

 

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