Le cinéma de banlieue s’étire mais ne s’éteint pas

Tantôt rigolote, tantôt ultra-violente, tantôt les deux comme dans  Bande de filles – le film de Céline Sciamma qui suit quatre jeunes femmes dans un quartier non défini en Ile-de-France – la banlieue est une tendance désormais inépuisable pour le cinéma français. Elle demeure manichéenne et sans demi-mesure. Etirée au drame, au réaliste ou à la comédie selon la géographie et le message que l’on veut bien vous montrer.

Le cinéma de banlieue émerge au début des années 1990. Les épanchements récurrents pour ce genre viennent d’une part des vagues de films « ghettos» ou des « hood film» avec Do the Right Thing de Spike Lee filmé à Brooklin le quartier juif de New York en 1988 ou Boyz’n Hood de John Siggleton en 1991 dans le quartier de South Central à Los Angeles. Deux films qui retracent la vie au sein de communautés distinctes dans des géographies diamétralement opposées.

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Do the right thing, réalisé par Spike Lee en 1989

Spike Lee, qui inspirera plus tard La haine à Kassowitz, se sert de la chaleur torride d’une journée de juillet appelée « Dog Day » aux Etats-Unis pour accélérer le processus d’observation des conflits au sein des communautés ethniques et sociales, au travers de personnages à différents stades de leur vie. La limite, il la trace en employant tantôt la violence banalisée à la manière de Malcom X ou des tons pacifistes en référence à Martin Luther King. Boyz N the hood retrace l’histoire de Tre, un garçon issu d’un milieu social défavorisé souhaitant évoluer socialement par les études. A la suite d’une bagarre, il se fait expulser de son lycée pour être parachuté chez son père dans la banlieue de South Central. Tre symbolise le choix dualiste décliné  maintes fois dans les films du genre : l’élévation sociale et honnête versus le banditisme à plus ou moins grande échelle. Il y a d’un côté les gangs, la prolifération des armes, de la drogue, du racisme, de la violence et de l’autre, le mirage de l’ascenseur social et du self made man par l’éducation ou l’audace dont les américains  sont si friands.

 

La violence…

En France, un des premiers films du genre est le De Bruit et de Fureur  de Jean-Claude Brisseau, inspiré par son expérience d’enseignant à Bagnolet et son éducation jugée modeste. On trouve ici Bruno, jeune ado qui s’installe à Montreuil dans la cité des Guillands, confronté à la violence familiale, l’échec scolaire et les trafics de drogue.

la haine

Vincent Cassel, dans La haine de Matthieu Kassowitz

La Haine de Matthieu Kassowitz en 1995, appuie sur la détente et marquera les esprits à jamais. Sur le modèle de Do the right thing, La Haine,  nous dépeint sur une journée la vie de trois amis, partagés entre violence et envies d’ailleurs dans la cité des « Muguets » à Chanteloup-les-Vignes, après une nuit d’émeute entre les habitants de la cité et les forces de police, consécutive à une bavure policière. La présence de noir et blanc est là comme pour rappeler continuellement le bien et le mal et ne pas se laisser influencer par le superflu. Le langage fleuri  du « transpirer sa race » et du « nique sa mère » pose les jalons du genre voué depuis à être imité, copié, voire critiqué par souci de réalisme ou d’émancipation. A noter que ce long-métrage sur fond de miroir politique a  révélé le désormais incontournable Vincent Cassel.

Et la légèreté.

Luc Besson s’essaie aussi au genre en produisant le film grand public  Yamakasi  en 2003 qui ratisse au plus large avec sept jeunes de banlieue qui ont créé l’art du déplacement (ADD). Escaladant les murs, effectuant des sauts vertigineux, pour dérober les 400 000 francs aux docteurs qui réclament vraisemblablement cette somme pour transplanter le cœur d’un enfant du quartier, victime d’un accident.

Dans la Haine, les flics sont pourris et enchaînent les bavures, dans celui-ci ce sont les chirurgiens qui sont noircis en salauds assoiffés de frics, tandis que les « banlieusards » sont pauvres et sympas. Une comédie américaine n’aurait sans doute pas fait mieux.

Dans Intouchables d’Eric Toledano et Olivier Nakache, Neuilly sa mère, de Gabriel Julien La Ferrière, et Tout ce qui brille, de Géraldine Nakache et Hervé Mimran, pour n’en citer que quelques-uns qui ont fait un buzz hexagonal, les réalisateurs travaillent sur « le choc des cultures » dans la douceur et l’humour de répliques non corrosives, au cœur de cet intra-muros qui stigmatise les habitants d’une même région ou pays.

Le jeu des stéréotypes

Le thème de la banlieue est devenu récurrent en France, mais il constitue un thème fragile, empreint de clichés qui peuvent amuser, mais aussi agacer, surtout quand la tonalité se révèle politique comme dans La Haine. Le fil rouge du cinéma de banlieue – c’est le jargon employé – demeure dans des symboles récurrents comme celui de la figure de la mère célibataire et courageuse, le modèle du meilleur ami de mauvais conseil, le père absent souvent parti tôt ou purgeant sa peine de prison, les grands-parents religieux et respectueux de la morale, l’importance de la « black pride », la difficulté d’être d’une origine dite minoritaire, la mixité, l’échange interculturel, dans des décors souvent communs, teintés de gris et inspirant à la masse.

Index

Le Ghetto définit à l’origine un quartier réservé ou imposé aux juifs où ils peuvent vivre selon leurs lois et coutumes. Depuis le XXème siècle, le ghetto désigne un quartier (en général dans une grande cité urbaine) où est regroupé une minorité ethnique, religieuse, culturelle.

Hood Film est un genre cinématographique américain qui présente les caractéristiques et coutumes de la culture africaine. Les thématiques récurrentes du genre sont souvent : le Hip Hop, la discrimination raciale, les gangs de rue, les familles brisées, la consommation et le trafic de drogue des jeunes et moins jeunes afro-américains.

Sources

Allocine.fr
Mise au point, Article Carole MilleliriSources Images : IMDB
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