« Commenter un événement sportif en 2037 »

Du match de football à celui de basket, en passant par une course cycliste et un tournoi de pétanque, le choix du programme risque encore une fois d’être difficile pour les amateurs de sport. Une multitude d’événements sportifs sont en effet quotidiennement retransmis en direct à la télévision, sur des chaînes classiques (TF1, Canal +, France 2) ou spécialisées (Bein Sport, L’equipe 21, SFR Sport). La diffusion de l’événement s’effectue généralement en live vidéo et des commentateurs se chargent d’en décrire le moindre détail, mêlant la description à l’expertise, tout en assurant la transmission d’émotions.

Le métier de commentateur sportif à la télévision aura-t-il radicalement changé d’ici vingt ans ?

Le journalisme du futur, Magazine

Commentateur sportif, qu’est-ce que c’est ?

Commençons par décrire ce qu’est actuellement un commentateur sportif. Pour superviser un match de football à la télévision, on associe la plupart du temps deux personnes. Ce duo est composé d’un consultant (ancien sportif professionnel reconverti dans le commentaire après sa retraite) et d’un journaliste de formation, n’ayant pas forcément pratiqué le sport commenté. Le consultant met à profit son expérience personnelle passée afin de traduire au mieux les coulisses de l’événement, les émotions ressentis par un joueur ou un entraîneur. Le journaliste se base sur sa connaissance du sport et son expertise personnelle, afin d’émettre les commentaires factuelles les plus pertinents possibles. Ces commentateurs sont situés au plus proche de l’action, dans la tribune réservée à leur effet dans le stade, ou ils voient l’événement au mieux. Quand les circonstances ne le permettent pas, ils peuvent être en studio, loin du déroulé de l’action, mais ce procédé reste très minoritaire. Par exemple, quand il s’agit d’une course cycliste, qui dure plus de 200 kilomètres, les commentateurs sont en studio et commentent à partir des images reçus des caméramans qui suivent l’étape en live.

La technologie déjà au service du commentateur sportif
Qu’ils soient sur place ou en studio, ils sont équipés de télévisions pour revoir certaines actions, des ralentis. Ils possèdent aussi des micros ainsi que de tableaux de bords ou ils voient les statistiques les plus importantes afin d’être le plus précis et pertinent possibles dans leurs commentaires. Pour ce qui est de la retransmission à la télévision, le téléspectateur voit la majorité du temps les images de l’événement doublées des commentaires des journalistes. On voit parfois les journalistes apparaître à l’image durant les pauses. Leur rôle est très important, leurs commentaires épiés, par un téléspectateur toujours plus compétent et à même de déceler la moindre erreur commise.

Un travail est réalisé en amont du match pour commenter au mieux le match. Pour cela, le journaliste se renseigne sur les dernières informations chaudes relatives à une équipe, aux joueurs. Il réalise des fiches afin de connaître l’histoire du stade, des deux équipes, des joueurs, des entraîneurs, des statistiques à connaître, s’il y a éventuellement des records à battre. Au cours du match, certaines statistiques sont mises à disposition du journaliste en temps réel : nombres de tirs d’une équipe, nombre de kilomètres parcourus par un joueur, vitesse d’une frappe, vitesse de pointe d’un joueur. Le commentateur doit utiliser à bon escient ce qui lui est mis à disposition pour apporter une vraie plus-value grâce à son commentaire, être pertinent, afin que le téléspectateur ait un réel intérêt à l’écouter.

C’est grâce à son travail personnel en amont, à la technologie mise en place (caméras, micros, capteurs qui retiennent de nombreuses statistiques), alliés à l’apport d’une touche personnelle, que le journaliste s’efforce de donner les meilleurs commentaires possibles. Il se doit de tenir le spectateur en haleine, véhiculer des émotions, tout en décrivant au mieux le déroulé de l’action.

Malgré ce travail effectué en amont, « Informer vite et bien » est une des priorités. A la seconde ou quelque chose se passe sur le terrain, le journaliste se doit de tenter d’en donner une explication au plus vite. Cette culture de l’immédiateté induit des analyses à chaud, qui fait que certaines sont parfois erronées.

Une étude a été réalisée par « l’argus de la presse », une entreprise analysant les nouvelles tendances en marketing, communication et journalisme. Cette étude, envoyée à 37000 journalistes, à laquelle 700 ont pris le temps de répondre, plus de 50% d’entre eux déclarent que les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) sont d’une aide précieuse. La technologie occupe donc déjà une place prépondérante dans le métier de journaliste, vouée à se développer dans les années à venir.

Les évolutions à prévoir d’ici vingt ans

D’ici à 2037, le sport aura connu des évolutions, l’argent investi devrait y être de plus en plus conséquent, on trouvera toujours un public plus large amateur de sport, la technologie aura augmenté son influence. Tous ces changements induisent de facto un bouleversement des usages, des techniques, des stratégies utilisés par les journalistes, tout en faisant attention de respecter les nouvelles contraintes.
Avec la place prépondérante qu’occupera la technologie dans vingt ans, le métier de commentateur sportif se verra modifié en profondeur, bien que l’esprit restera toujours le même.

Le Big data au service du sport

Le travail en amont réalisé par le commentateur afin de connaître en long et en large les tenants et les aboutissants d’un match sera aisément réalisé par un algorithme. Ce dernier émettra des fiches bien plus recherchées, complexes, et sophistiquées qu’un humain, en croisant des données afin d’y trouver les informations et statistiques les plus pertinentes et les plus à même d’être réutilisés par le journaliste dans son commentaire. Grâce au Big data qui sera à son apogée, une quantité énorme de données auront été collectés et permettront d’en ressortir les informations les plus pertinentes possibles. Ces données seront multiples, complexes, mais seront à la portée de tous grâce à l’analyse qui en aura été faite par des robots équipés d’algorithmes toujours plus puissants les uns que les autres. La jeune start-up parisienne SkillCorner travaille déjà à l’analyse automatisée des nombreuses données récoltées lors d’événements sportifs. Ce business est voué à se développer et beaucoup d’organismes y travaillent déjà.

Les joueurs seront tous équipés de capteurs capables de récolter encore plus de données qu’auparavant, des données en tout genre et susceptibles d’intéresser le commentateur : vitesse d’un joueur à un instant t, puissance d’une frappe, distance qui sépare différents joueurs, conditions météorologiques, calories brûlées, fréquence cardiaque, activité musculaire, hydratation, nombre de pas. Un tableau de bord recueillera toutes les statistiques possibles et imaginables grâce aux capteurs et aux caméras toujours plus nombreuses disposées tout le long du terrain. Mais ces données seront bien évidemment conservées par la suite et viendront alimenter le Big data, qui, suite à leur analyse, permettra d’anticiper au mieux les futures données récoltées et exploitées en direct durant un événement sportif.

Les capteurs et objets connectés qui permettraient de recueillir toujours plus de données, AFP

La réalité augmentée au service du sport ?

Mais on peut également imaginer une autre mise à profit de ces données. La réalité augmentée a déjà fait irruption dans la pratique du sport et dans son visionnage, ça ne saurait tarder pour ce qui est du journalisme sportif. En direct, pendant son commentaire, on peut imaginer que le journaliste soit équipé de lunettes de réalité augmentée, qui, quand il regardera le match et donc les joueurs, lui donneraient en temps réel toutes les données pertinentes, directement dans le prolongement de ses yeux, grâce à l’apport des lunettes.

Journaliste équipé d’un casque de réalité augmentée, goglasses.fr

 

Journaliste utilisant des lunettes de réalité augmentée, Le magazine digital des technologies de la 4ième révolution industrielle
Les outils de fact checking voient petit à petit le jour et seront développés à grande échelle d’ici 2037. On peut donc imaginer que les moindres propos d’un commentateur seront mis à l’épreuve. La chaîne de télévision pourrait mettre un outil en live capable de vérifier la véracité des propos des commentateurs. Le commentateur pourrait lui-même se reprendre si un de ses propos est inexact. Bien que l’omniprésence de la technologie minimise le risque d’erreurs.

Les réseaux sociaux permettent aussi aux téléspectateurs de réagir en direct sur tweeter principalement grâce à des hashtags dédiés à un événement. Ils peuvent émettre leur opinion, poser des questions, remettre en cause les commentaires. Cette tendance devrait se développer et les commentateurs devraient prendre de plus en plus en compte les réactions et réflexions faîtes par les internautes, en répondant aux interrogations légitimes ou tout simplement en citant les interventions les plus pertinentes, quitte à en diffuser certaines à l’écran.

Le commentateur sportif robot, pas pour demain

Le journalisme robot se développe, récemment, un article a entièrement été rédigé par un robot, grâce au croisement d’informations émises par les agences de presse à propos d’un tremblement de terre survenu aux Etats-Unis. On peut donc légitimement se demander si des commentateurs pourraient être remplacés par des robots. Néanmoins, cette hypothèse semble peu imaginable tant la dimension émotionnelle est importante. Le commentateur apporte son expertise, émet une analyse poussée et le big data ne remplacera jamais son analyse par un humain, bien que l’algorithme le propose. Le journaliste véhicule une émotion et fait vibrer : l’intelligence artificielle créée par un robot ne peut selon moi recréer ces choses bien particulières et spécifiques à l’humain.

Néanmoins, des robots journalistes sportifs sont amenés à voir le jour mais ils ne remplaceront pas les journalistes sportifs à proprement parler, ils seraient un substitut, une autre forme de journalisme. Ces robots journalistes existent déjà : l’agence de presse Associated Press possède déjà à ce jour des robots capables d’offrir un commentaire d’événement sportif en s’appuyant sur des statistiques de match. Ils sont à l’essai et supervisent pour le moment des événements universitaires.

Carte de presse d’un journaliste robot, 100% motos

L’utilisation prépondérante dans le commentaire sportif de demain induit de facto un changement de langage de la part du commentateur. Ce dernier sera amené à utiliser un vocabulaire plus spécifique, technique. Un contraste fort existera donc entre ce vocabulaire très sophistiqué et celui de la transmission des émotions, plus détaché, plus émouvant et pas forcément très limpide linguistiquement parlant.

L’argent investi dans le sport représentant une manne financière importante, sa retransmission à la télévision en est une des premières vitrines. Des commentaires pertinents, adaptés au public d’amateurs de sport et connaisseur de ce milieu si particulier, sont de mise.

Toujours plus de technologie au service du commentaire sportif, c’est donc bien la tendance vers laquelle on se tourne. Le téléspectateur veut toujours plus d’information, et c’est bien grâce à la technologie qu’on pourra lui offrir des données toujours plus précises, pertinentes, et en phase avec la réalité. Néanmoins, on peut légitimement espérer que le métier de commentateur sportif ne disparaisse pas au profit des robots tant sa dimension est importante et difficile à réaliser.

Sources

Cahiersdujournalisme.net, « Médias et nouvelles technologies, le journaliste pressé », repéré à http://cahiersdujournalisme.net/cdj/pdf/05/17_Deleu.pdf

Cairn.info, « Journalisme et nouvelles technologies de l’information », repéré à https://www.cairn.info/revue-legicom-2000-1-page-47.htm

« Blogs.lexpress.fr », Le journalisme et les nouvelles technologies, repéré à http://blogs.lexpress.fr/nouvelleformule/2014/04/16/le-journaliste-et-les-nouvelles-technologies/

Archives.lesechos.fr, « A-t-on encore besoin des journalistes ? Manifeste pour un journalisme augmenté » d’Eric Scherer, repéré à http://archives.lesechos.fr/archives/cercle/2011/05/04/cercle_34912.htm

Unesco.org, Nouvelles technologies et journalisme : métiers en mutations, repéré à http://wa1.portal.unesco.org/ci/fr/ev.php-URL_ID=19078&URL_DO=DO_TOPIC&URL_SECTION=201.html

Lepoint.fr, « Le big data se met au sport », repéré à http://www.lepoint.fr/sport/le-big-data-se-met-au-sport-10-12-2016-2089470_26.php

lesechos.fr, « Le journalisme sportif, une histoire de robot ? », repéré à http://technologies.lesechos.fr/revue-de-web/le-journalisme-sportif-une-histoire-de-robot-_a-2-1825.html

letremplin.paris.fr, « Comment la réalité augmentée va révolutionner le sport de demain ? », repéré à http://www.letremplin.paris/commet-la-realite-augmentee-va-revolutionner-le-sport-de-demain/

goglasses.fr, « Le sport en réalité virtuelle, c’est pour bientôt », repéré à https://www.goglasses.fr/cameras-360/le-sport-en-realite-virtuelle-cest-pour-bientot

gentside.com, « Quakebot : le premier robot-journaliste écrit un article dans le Los Angeles Times », repéré à http://www.gentside.com/journalisme/quakebot-le-premier-robot-journaliste-ecrit-un-article-dans-le-los-angeles-times_art62000.html

Ecrit par Samuel Rochwerg

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