Durable, intelligente et numérique : Bienvenue dans la ville du futur

 

 

L’architecte Vincent Callebaut et son équipe ont proposé le projet « Paris Smart City 2050 » dans le cadre du « Plan Climat Energie » de la Mairie de Paris

L’architecte Vincent Callebaut et son équipe ont proposé le projet « Paris Smart City 2050 » dans le cadre du « Plan Climat Energie » de la Mairie de Paris

 

 

Paris, 2030 – Grâce à la collecte systématique des données issues des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC), Paris est désormais une ville 2.0, une ville intelligente. Toujours en quête d’innovation, elle offre les outils nécessaires à ses citoyens pour qu’ils puissent contribuer au développement des services urbains et structure son espace dans une logique de développement durable et numérique, ce qui ne manque pas d’impacter la fonction du communicant public. Quels sont les enjeux de la ville du futur ?

 

 

Un citoyen devenu acteur

La « Montre Verte » est un projet du programme Villes 2.0 de la Fing

La « Montre Verte » est un projet du programme Villes 2.0 de la Fing

Par le biais des nouvelles technologies, l’information fait de Paris une ville intelligente. En effet, avec une infrastructure de collecte et de diffusion des données des plus complexes reliée à un réseau mondial d’action local, Paris prône la connectivité universelle. Dans chaque arrondissement, une plateforme dédiée à l’innovation permet le traitement de ces données. Une donnée accessible à tous sur une plateforme open-data, qui a remplacé l’espace public et que chaque citoyen peut utiliser et alimenter. Capteurs, caméras, ordinateurs, drones et smartphones sont tout autant d’éléments de l’espace urbain numérique permettant l’enregistrement des données qui sont produites en temps réel par les citoyens eux-mêmes. Le rapport à l’information du citoyen a ainsi changé, un phénomène qui réside dans « l’empowerment »1. Le citoyen dispose désormais de plus de pouvoir pour agir sur les conditions sociales, économiques, politiques ou écologiques dans lesquelles il évolue, ce qui tend à le responsabiliser. En effet, au même titre que le Web 2.0, Paris propose des fonctionnalités permettant une approche plus interactive de la ville, dans une logique de démocratie participative. Pour le sociologue Alain Bourdin « Ce sont les usagers qui inventent des services nouveaux à travers de nouvelles pratiques sociales. »². Un usager désormais acteur qui contribue à l’innovation de la ville par le partage de ses connaissances et de ses idées. Il publie des commentaires sur les lieux qu’il apprécie ou non, sur une carte interactive de la ville, une carte qui ne sert plus seulement à se repérer mais à projeter des informations et s’impose ainsi comme une véritable plateforme d’innovation ouverte à tous. Par ailleurs, cet usager acteur s’active sur les réseaux sociaux. Il propose ses services de covoiturage et lorsqu’il passe devant un espace d’auto-partage, il tient informé de la disponibilité des véhicules. Il porte également une montre verte dotée d’un GPS et de capteurs environnementaux pour contribuer à la mesure de la pollution de l’air à Paris. Et grâce à la réalité augmentée, de nouvelles tablettes transparentes et tactiles lui permettent désormais de naviguer dans la ville, tout en obtenant des informations sur un lieu en le regardant au travers de cet objet. Il peut également contribuer à enrichir ses informations. En ce qui concerne les habitations privées, il suffit de scanner la façade d’un domicile à l’aide d’un smartphone pour voir les informations partagées par le propriétaire. Grâce à ces nouveaux comportements urbains, la ville est tenue à jour en permanence et toutes ces informations permettent de créer continuellement de nouveaux services. La ville est ainsi construite en fonctions des besoins de ses citoyens qui ne sont plus seulement les consommateurs de ses services mais de véritables partenaires à leur développement.

Les nouvelles technologies de l’information et de la communication au service de la ville intelligente

Exemple d'utilisation de la réalité augmentée sous forme d’application mobile

Exemple d’utilisation de la réalité augmentée sous forme d’application mobile

Les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) sont l’essence même de la ville intelligente. Une nouvelle signalétique a même envahie les différents lieux de la capitale, composée de QR Codes, indications de connexion aux réseaux Wi-Fi et Bluetooth, bornes interactives, invitations Twitter ou Facebook… De nouveaux outils et infrastructures permettent ainsi de gérer de manière optimale les flux de la ville dans une logique de développement durable. Lecteurs de plaques d’immatriculation à l’entrée et à la sortie des parkings 100% souterrains, caméras de surveillance sur les axes routiers sont tout autant d’outils visant à réguler le trafic automobile. Tout comme l’auto-partage ou le co-voiturage qui reposent désormais sur des dispositifs de géolocalisation et de réservation en temps réel. Dans cette même logique, les panneaux solaires ont trouvé leur place sur les toits de chaque bâtiment parisien et un simple déchet jeté à la poubelle contribue à produire de l’énergie pour l’éclairage public. En ce qui concerne les ressources naturelles, un système de production locale offre aux parisiens une alimentation plus saine et éco-responsable. Le citoyen peut même se porter contributeur de cette démarche par le biais des cultures urbaines² présentes dans les plus grands jardins parisiens et mises à la disposition de tous, tels que le Jardin du Luxembourg ou celui des Tuileries. Les services publics aussi n’ont pas échappé au numérique. Toujours dans une logique de réduction des déplacements, le citoyen peut désormais consulter un médecin, suivre un cours ou faire des démarches administratives à distance par le biais de son ordinateur, de sa tablette ou de son smartphone. Aussi, les commandes effectuées exclusivement en ligne depuis la disparition des catalogues, ne peuvent être récupérées que dans un point de retrait spécifique à chaque arrondissement afin de contrer les émissions de gaz engendrées par les livraisons à domicile.² La vie professionnelle est également impactée par les NTIC, aujourd’hui plus de la moitié des parisiens sont en télétravail. On parle ainsi d’e-substitution3, les relations et services à distance visant à remplacer au maximum les déplacements. L’information se doit donc d’être mobile et ce sont les nouvelles technologies qui rendent cela possible. En effet, le citoyen peut désormais tout faire depuis son écran. De plus, s’il est amené à se déplacer, il dispose également d’une carte multi-service lui offrant un accès illimité aux lieux publics et transports en commun. Enfin, pour ce qui est de la vie citoyenne, le vote est désormais possible par SMS et les réseaux sociaux permettent de dialoguer directement avec les élus, tout comme les débats publics qui ont désormais lieu sur des forums en ligne.

Une structuration de l’espace plus responsable

Piste cyclable parisienne

Piste cyclable parisienne

Les nouveaux services urbains ont engendré une nouvelle structuration de l’espace notamment du côté des transports dans une logique de mobilité durable4. Par exemple, l’apparition des vélos en libre-service a entrainé un nouveau partage de la voirie, de nombreuses pistes cyclables ont dû être aménagées dans Paris. Cette nouvelle offre a donné lieu à une modification des comportements urbains étant donné que le citoyen perçoit désormais le vélo comme une option de transports dans ses déplacements. Dans le cas des transports en commun, on assiste à une mobilité devenue majoritairement électrique. Et grâce aux NTIC, le voyageur peut décider de son mode de transports et de son itinéraire aussi aisément que s’il naviguait sur le web. Un autre changement majeur, est la multiplicité des espaces verts en ville. En effet, tous les parkings étant devenus souterrains, de nouveaux parcs et jardins ont fleuri dans Paris. Par ailleurs, les rues désormais jonchées d’une multitude d’écrans, nous montre que la ville elle-même est devenue un écran à part entière, le cinquième écran5. En effet, les écrans échangent à présent entre eux au sein de la commune. Du haut de ses 324 mètres, la Tour Eiffel désormais équipée de capteurs et de LED, se pare d’une couleur spécifique à chaque phénomène météo, cette information est automatiquement transmise sur les écrans des arrêts de bus et sur les smartphones ou tablettes. Par ailleurs, le nombre de téléphones portables actifs dans un lieu permet de créer une représentation visuelle en 3D du déplacement des habitants, des données exploitables notamment pour optimiser la circulation des bus. Ces nouveaux services utilisent ainsi les écrans publics et personnels pour rendre visible voire spectaculaire une information.

Le nouveau visage du communicant public

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Le communicant public de la ville 2.0, Image libre de droit

Si en 2011, seulement « 1% de la Fonction publique territoriale exerçait une véritable fonction de communication interne ou externe au sein des collectivités locales »6, avec le concept de ville intelligente, le métier de communiquant public ou territorial est devenu indispensable au bon fonctionnement d’une commune. Effectivement, bien que la communication publique fût professionnalisée tardivement, il est dorénavant possible de passer un concours de la fonction publique pour devenir communicant territorial. Et avec le développement des villes intelligentes axées sur la culture de l’innovation et de la performance, c’est le métier de communicant public lui-même qui s’est transformé. En effet, le communicant territorial exploite désormais les NTIC pour mettre en place des outils interactifs permettant la citoyenneté participative. Car de par son rôle central dans la ville intelligente, le citoyen doit être au cœur des missions de la communication publique. Autrefois focalisé sur le service aux élus dans une logique de persuasion, le communicant public sert à présent l’intérêt général par le biais du management des réseaux sociaux et du marketing territorial. Et de par cette dimension territoriale, il se positionne en véritable expert de sa commune et se tient continuellement informer des coutumes et spécialités qui lui sont propres. De plus, en contact permanent avec le réseau mondial d’action local, il fournit les outils nécessaires et veille au bon fonctionnement de la collecte et de la diffusion des données émises par les citoyens. Enfin, avec la multiplicité des écrans dans la ville, il favorise désormais la communication numérique et par l’image. Ainsi, le traditionnel journal de la commune est maintenant uniquement rédigé pour support numérique. On note cependant un risque « d’uberisation »7 du métier de communiquant public. En effet, avec les NTIC et l’ouverture des données, la communication publique est à la portée de tous. Certaines start-up voire même des citoyens avisés peuvent au contact direct des vrais besoins des citadins, proposer de nouveaux services et canaux d’information plus performants, devenant ainsi des concurrents sérieux pour le communiquant public professionnel.

Ville intelligente ou ville sous surveillance ?

Le citoyen face au monitoring généralisé

Le citoyen face au monitoring généralisé, Image libre de droit

Si auparavant la fracture numérique générationnelle posait problème quant à notre égalité à tous devant les NTIC, des mesures ont été mises en place pour assurer l’accès à tous au contenu numérique et ne pas biaiser les données recueillies. Des rencontres sociales sont notamment organisées une fois par semaine dans chaque arrondissement de Paris pour aider les personnes les moins à même d’utiliser les NTIC. Persistent cependant, des citoyens réticents inquiets de la mince frontière qu’il reste entre sphère publique et sphère privée, comme l’indique la journaliste Marie Lechner « Avec la diffusion des objets communicants, naît une nouvelle ville numérique, où il devient difficile de se perdre et de se cacher »8. La transparence des données prônée par la ville intelligente pose ainsi le problème d’un monitoring généralisé où les risques d’intrusions dans la vie privée sont réels et où l’habitant en quête d’anonymat peut se voir attribuer l’étiquette de mauvais citoyen.

 

 

 

 

 

 

 

 

Sources :

 

1 KAPLAN Daniel, MARCO Thierry, (2008), La ville 2.0, plateforme d’innovation ouverte, col. La fabrique des possibles, éd. FYP éditions, [en ligne] <http://doc.openfing.org/FING/LAFING/PUBLICATIONS/La%20ville_2.0_plateforme.pdf>

² http://www.fing.org/

3 EYCHENNE Fabien, (2008), La ville 2.0, complexe… et familière, col. La fabrique des possibles, éd. FYP éditions, [en ligne] <http://doc.openfing.org/FING/LAFING/PUBLICATIONS/La%20ville_2.0_complexe.pdf>

4 KAPLAN Daniel, MARZLOFF Bruno, (2008), Pour une mobilité plus libre et plus durable, col. La fabrique des possibles, éd. FYP éditions, [en ligne] <http://doc.openfing.org/FING/LAFING/PUBLICATIONS/Pour_une_mobilite.pdf>

5 MARZLOFF Bruno, (2009), Le 5e écran : Les médias urbains dans la ville 2.0, col. La fabrique des possibles, éd. FYP éditions, [en ligne] <http://doc.openfing.org/FING/LAFING/PUBLICATIONS/ 5ecran.pdf>

6 http://www.cap-com.org/

7 THEBAULT Marc, (2012), 7 évolutions du métier de communicant public, [en ligne], <http://thebaultmarc.expertpublic.fr/2012/06/24/7-evolutions-du-metier-de-communicant-public/>

8 LECHNER Marie, (2009), Liaisons Urbaines, Libération, [en ligne] <http://luxembored.forumperso.com/t844-pour-vivre-heureux-vivons-caches>

DUVAL Cédric, (2009), Dans la ville 2.0, c’est le citadin qui fournit l’info, Les Echos, [en ligne] <http://www.lesechos.fr/23/02/2009/LesEchos/20369-041-ECH_dans-la-ville-2-0–c-est-le-citadin-qui-fournit-l-info.htm#>

GUILHAUME Geneviève, MONSEIGNE Annick, (2012), La mutation du métier de communicant public, Communication et organisation, n°41, p.5-11, [en ligne], <http://communicationorganisation.revues.org/3694>

MEGARD Dominique, RIGAUD Didier, (2012), À l’écoute du métier de communicant public, Communication et organisation, n°41, p.171-179, [en ligne], <http://communicationorganisation.revues.org/3795>

POUILLY Tommy, (2009), La « ville 2.0 », effet de mode ou nouvelle politique émergente ?, Utopies Concrètes, [en ligne] < https://blogs.mediapart.fr/tommy-pouilly/blog/261209/la-ville-20-effet-de-mode-ou-nouvelle-politique-emergente>

http://www.insee.fr/

http://www.smartgrids-cre.fr/index.php?p=smartcities-caracteristiques

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