Hollywood, la machine à faire valser les showrunners

Showrunners

Télévision – Têtes pensantes des séries américaines, les showrunners font malheureusement plus souvent parler d’eux pour leur tendance à quitter le navire que pour le travail de titans qu’ils accomplissent. À l’occasion de la sortie du documentaire Showrunners: The Art of Running a TV show, retour sur un phénomène qui donne le tournis et qui n’est pas sans conséquences sur la qualité des séries concernées.

Pour tout fan de séries qui se respecte, les showrunners, ces auteurs-producteurs qui chapeautent dans l’ombre nos séries préférées, sont tout simplement comparables à Dieu. Responsables de tous les aspects créatifs et financiers d’une série, leur toute-puissance est pourtant relative et il arrive qu’un showrunner, qu’il soit ou non le créateur de la série qu’il supervise, quitte un jour ses fonctions. Et lorsque cela se produit, ces départs ont souvent des répercussions sur la qualité des saisons suivantes.

Des départs en bons termes… et d’autres qui le sont moins

La série "Castle", à l'antenne depuis 2009

La série « Castle », à l’antenne depuis 2009

Chez les scénaristes comme ailleurs, il arrive parfois un moment où l’on a envie de passer à autre chose. C’est ce qui est arrivé en juin dernier à Andrew Marlowe, le créateur de la série Castle, qui, après six saisons, a passé le flambeau de showrunner à David Amann afin de se consacrer à d’autres projets.

Pourtant ce sont rarement ces départs à l’amiable qui font les gros titres. On préfère en effet s’intéresser aux showrunners qui s’en vont à la suite de tensions, que ce soit avec le studio qui produit la série, la chaîne qui la diffuse, ou encore avec un des acteurs principaux. Les communiqués font alors état de « différends artistiques », terme flou qui signifie simplement que les frictions ont atteint un point de non-retour.

Les « différends artistiques », ou l’ennemi des scénaristes

Dan Harmon, plus fort que la volonté des studios

Dan Harmon, plus fort que la volonté des studios

En matière de « différends artistiques », justement, il y en a deux qui en connaissent un rayon: Don Bellisario et Dan Harmon. Le premier, créateur de la série NCIS, a été contraint de quitter son « bébé » en 2007, officiellement pour « différends artistiques », officieusement car il ne s’entendait plus avec Mark Harmon, la star de la série. Et évidemment, entre perdre leur showrunner ou perdre leur star, le studio et la chaîne derrière la série ont vite choisi.

Dan Harmon, quant à lui, a marqué l’histoire récente de la télévision. Créateur de Community, il a été viré par Sony, qui produit la série, à l’issue de la saison 3, en 2012, en partie car le studio n’était pas satisfait de sa façon de gérer ses fonctions de showrunner (notamment en matière de décisions budgétaires). Pourtant, devant la piètre qualité de la quatrième saison, à laquelle il manquait la « voix », la vision créative d’Harmon, ce dernier, dans un retournement de situation quasi sans précédent, a été rappelé par le studio pour reprendre son poste dès la saison 5 de la série. Dan Harmon 1 – Sony 0.

Si l’on ajoute au cas Dan Harmon l’exemple des séries Gilmore Girls et True Blood (pour ne citer qu’elles) qui, après le départ de leurs créateurs respectifs, ont sombré dans des saisons finales à la qualité proche de l’abyssal, on se dit qu’une série a, dans certains cas, besoin de la présence de son créateur jusqu’au bout.

Un vent du changement parfois bienvenu

"Revenge", série qui connait actuellement une saison 4 qui rivalise presque avec les grandes heures de sa première saison

« Revenge », série qui connait actuellement une saison 4 qui rivalise presque avec les grandes heures de sa première saison

Heureusement, tout n’est pas noir au royaume des séries et un changement de direction créative peut aussi avoir des effets positifs sur la qualité scénaristique d’une série. En 2013, le remplacement du showrunner et créateur de Revenge, Mike Kelley (qui se serait longtemps battu, en vain, avec la chaîne ABC pour obtenir des saisons plus courtes, comme sur les chaînes câblées), par Sunil Nayar a permis à la série de trouver un second souffle, après une saison 2 très critiquée.

Dans la même veine, cette année, l’arrivée de deux nouveaux showrunners à la tête de la série pour adolescents Awkward nous a offert une saison 4 revigorée, après une troisième salve d’épisodes qui ne ressemblait plus du tout à la série dont les fans étaient initialement tombés amoureux.

Une passation de flambeau réussie dépend donc surtout de la capacité ou non d’un nouveau showrunner à s’adapter au ton propre à sa série. Mais ce qui est certain c’est qu’une série télé n’appartient jamais à son créateur ou à son scénariste en chef. C’est la dictature des studios et des chaînes qui prévaut toujours et ce sera probablement vrai aussi longtemps qu’Hollywood produira des séries.

Ci-dessous, la bande-annonce du documentaire de Des Doyle, Showrunners: The Art of Running a TV show, sorti le 31 octobre aux États-Unis (on attend une date de sortie française) et qui met en lumière le travail des showrunners:

Sources:

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