Journaliste et lanceur d’alerte : la Lutte continue

Journaliste et lanceur d’alerte : la Lutte continue

 

Les métiers de journaliste et de rédacteur web a pris un tournant significatif en ce qui concerne la publication de données sensibles impactant le secret des affaires ou des Etats non seulement en raison des évolutions technologiques des TIC mais également grâce à la mutation des législations relative à ce statut si particulier

 

Voilà maintenant 5 ans que je travaille pour l’agence de Presse indépendante
« Vox Veritas », spécialisée dans la publication de dossiers sensibles dévoilés par des lanceurs d’alerte. Depuis sa création en 2025, notre groupe n’a de cesse de tenter de contrecarrer les actions illégales, liberticides et polluante que mettent en places certains États et entreprises privées dans l’unique but de ne desservir que leurs propres intérêts.

 Nous sommes vingt, d’origines, de confession et de bords politiques différents ; mais nous luttons depuis maintenant près de dix ans pour faire valoir les droits fondamentaux de nos sociétés et défendre ceux qui sont en première ligne dans cette bataille de la vérité. Notre mouvement est constitué de juristes, rédacteurs (dont je fais partie), avocats, communicants ou ingénieurs informatiques ; nous nous efforçons chaque jour de faire valoir la justice et la vérité face à ceux qui outrepassent les fondements élémentaires qui font l’équilibre de nos sociétés.

Le lanceur d’alerte, un statut dangereux

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Suite à la promulgation par la commission européenne de la « loi du Secret des Affaires », le 27 mai 2016 1, les consortiums privés et les institutions étatiques se sont dotés d’un arsenal juridique implacable leur permet d’agir dans une confortable opacité.

Récemment, Andreï Wosznick l’ancien juriste du groupe industriel de la chimie, a pu mettre en lumière par le biais de nos services, les implications des dirigeants du groupe Bayer France sur les rapports d’étude falsifiés de son désherbant « Verrator », remis à la commission parlementaire en février dernier. Ceux-ci minimisaient l’impact de ce produit sur l’environnement et les conséquences graves qu’il engendre. Suite à son licenciement, Wozsnick a subi de nombreuses pressions et menaces sur lui et sa famille 2 en divulguant cette information, et à quelques jours du début de son procès chaque partie prépare soigneusement son argumentaire. La loi Sapin II, du 7 juin 2016 3 offre un renfort des protections juridiques du lanceur d’alerte mais reste faible face aux moyens de défense mis en œuvre par Bayer France pour tenter de rejeter la faute sur son ancien employé, stratégie d’usage depuis de nombreuses années. De plus, nous travaillons en étroite collaboration avec l’Agence Nationale Anti-corruption qui s’efforce depuis maintenant treize ans de maintenir un niveau élevé de transparence dans les entreprises et services publics. La loi du ministre des Finance comprenait également la suppression e la « transaction pénale » 3 qui permettait aux entreprises de se voir éviter une action en justice en contrepartie du règlement d’une amende forfaitaire. Cette « convention judiciaire d’intérêt public » doit être obligatoirement ratifiée par toute entreprise française depuis septembre 2017, a permis un verrouillage législatif visant à entraver tout type de corruption de magistrat ou de haut fonctionnaire.

Le journaliste-rédacteur web, pivot de l’action citoyenne

Vox Veritas a jugé primordial de publier cette information tout en assumant le risque de poursuites judiciaires qu’elle implique. La responsabilité juridique était, avant le 16 mars 2019, sous la responsabilité du rédacteur en chef ou du directeur de la publication. Or depuis la promulgation de cette loi relative à l’information diffusée par les Agences et Organismes des Professionnel de la Presse (AOPP), cette responsabilité ne s’applique qu’à la personne morale que représente ces structures.

 Il a fallu de long mois pour parcourir l’ensemble des 10 Terabyte que comporte le dossier incriminé et parvenir à recenser les informations essentielles qui viendraient étayer le dossier de la défense. Le métier que j’exerce est l’axe de basculement entre la divulgation de l’information et le débat public que ces informations compromettantes génèrent. Le rayon d’action dont nous disposons a été, et est encore, entravé par les contraintes techniques auxquelles nous faisons face pour la récupération des données compromettantes. La majorité des sociétés ou entreprises contemporaines ont à la fois renforcé la sécurité de leurs systèmes informatiques, ainsi que les systèmes de surveillance internes permettant de garder un contrôle et un œil attentif sur les ressources et les informations traitées par leurs employés. Pour permettre la récupération de ces informations, un long travail de décryptage a été effectué, la majorité des acteurs économiques ont longtemps eu un temps de retard dans leurs systèmes de sécurité face aux groupuscules de hackers qui alimentait le marché noir de l’espionnage industriel. Or, à la fin des années 2010 on constate une explosion des entreprises de cybersécurité et le développement de systèmes de cryptage quasiment à toute épreuves.

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 Notre profession s’est vu fortement impactée par ces avancées technologiques, le sentiment de vulnérabilité ayant pris une importance telle ces dernières années, la sécurisation des données est devenue un réflexe presque universel. Les principaux acteurs du W3C ayant assuré leur mainmise sur la dimension commerciale de l’internet les internautes ont développé une volonté de protéger au maximum les traces qu’ils laissent lors de chaque utilisation de la Toile. Nombreux sont les programmes accessibles à tous qui permettent soit une navigation anonyme, soit de bloquer toute sortie d’information personnelle qui pourrait être collectée à leur insu. Cependant l’ensemble de ces logiciels requièrent une contrepartie financière, la gratuité du web ayant désormais un prix : la surexposition aux divers annonces et publicités.

La nature même d’agences et d’entreprises telle que la nôtre a également représenté un défi d’envergure : l’image que nous nous efforçons d’afficher. Notre pérennité repose sur un principe simple dont le socle est la crédibilité et la véracité des sources et informations que nous choisissons de publier, dans la droite lignée de groupes comme Wikileaks. Nous devons également faire face aux nombreuses actions de désinformation et de tentatives pour entraver notre activité au moyen d’attaques cybernétiques et d’infiltration de nos réseaux. Au sein de notre équipe, nous avons mis en place une cellule de défense et de surveillance informatique, qui se relaie 24 heures sur 24 pour assurer le bon fonctionnement de notre site web et de nos serveurs. L’ironie veut que dans ce combat pour la justice et la vérité, dont le champ de bataille n’est qu’un environnement virtuel et dématérialisé, que nous soyons amenés à employer les mêmes armes et les mêmes méthodes que ceux qui nous font face.

Une Guerre menée sur deux fronts

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La confrontation que les gens de notre milieu mènent au côté de personnes lambda comme Andreï Wosznick, est celui auquel ont participé d’autres lanceurs d’alerte dont les noms ébranlent encore aujourd’hui l’histoire des grandes révélations. Manning, Snowden, Assange et Hartmann sont ceux et celles qui se sont dressé contre les malversations de personnes s’octroyant des droits qui ne respectes pas les normes de fonctionnement de nos sociétés au détriment du traitement médiatique qui leur a été réservé.

Il est donc nécessaire de lutter sur deux points essentiels pour faire perdurer notre activité :

Le premier concerne le monde physique et réel dans lequel nous vivons, ou nous nous retrouvons et se place sur le plan économique. La bataille de l’image y fait rage : nos adversaires, représentés par les grands groupes industriels privés, ont à leur disposition comme évoqué précédemment des moyens financiers, humains et juridiques important mais également des concentrations de groupes médiatiques ayant le pouvoir d’orienter le débat public. L’acquisition et l’exploitation de groupes de presse affiliés à des puissances industrielles représente une puissance colossale dans l’établissement de la vérité, ou du moins dans l’esprit général des personnes qui constituent notre société. Il y a près de soixante ans déjà, Noam Chomsky pointait déjà les stratégies des médias de masse pour marginaliser et décrédibiliser les citoyens gênants ou ceux dont l’activité avait tendance à nuire aux industries auxquels appartenaient ces groupes médiatiques. Il avait développé la notion de « citoyen-délinquant », qui illustre des individus ne se conformant pas aux idéaux propres à notre système capitaliste 5. Le type de journalisme et d’action citoyenne que nous menons se retrouve dans la critique et la tentative de rabaissement que nous subissons. Il est nécessaire dans le contexte d’un scandale dévoilé à l’origine par un lanceur d’alerte de préserver tant que possible l’opacité chère à ces entreprises qui a alors été ébranlée. Ces organismes de presse sont soumis à un formatage visant à desservir le groupe industriel qui en est propriétaire ainsi que les éventuels liens politiques qui l’appuient. Un pavé dans la mare n’éclabousse rarement qu’une seule personne. Nos confrères au sein de ces organismes se sentent alors l’obligation de refréner leurs idées et d’aller dans le sens des intérêts de leurs employeurs, ce qui a pour effet de nuire au travail que nous menons, du moins aux yeux du grand public.

Le second point est justement celui de la bataille des cœurs. Dans l’espace public, virtuel ou réel, les révélations du scandale peuvent influencer la vision globale de notre environnement et du système à l’intérieur duquel nous évoluons. Les causes défendues par notre association se doivent donc d’être le reflet d’une situation qui nous concerne tous. Les individus qui dévoilent ces informations encourent des risques au nom de notre liberté commune et des droits dont nous sommes tous bénéficiaires. Il est alors nécessaire dans la fonction de journaliste ou de rédacteur web de valoriser notre idéologie de justice et de respects des droits et libertés de tout être humain. C’est pourquoi, lorsque par mon travail j’entame un travail de production de contenus et de diffusion d’une information, je mets également en place un terreau fertile à une prise de conscience, qui se fera ou non dans l’esprit de mon lecteur. Si cette idée vient à germer dans son esprit, elle se développe alors et va répandre ses graines dans les liens des différents réseaux qui relient nos vies de tous les jours : par la communication interpersonnelle, par la diffusion de ces contenus, leur critique, la production de contenus originaux ou encore les implications personnelles dans des actions communes. Les travaux que nous effectuons et les changements qu’ils apportent ne sont alors plus les nôtres, mais le bien de la communauté elle-même.

Le lanceur d’alerte dépend du professionnel de l’information. Sans lui cette notion, cette nomination ne pourrait exister. Il y a eu de tout temps la conservation de secrets, c’est un élément cohésif dans notre relation des uns avec les autres et du bon fonctionnement de notre société, la communication est un élément moteur qui permet un progrès dans tous les domaines et disciplines. Nous sommes cependant tous régis par des règles que nous avons établies pour assurer un principe d’égalité fondamental ; mais il nous faut parfois transgresser ces barrières que nous nous sommes imposées si nous voulons les faire respecter et ainsi préserver nos droits et nos libertés.

1 – Le Monde.fr – AFP, La loi Sapin II pose les fondements d’une protection des lanceurs d’alerte, Le Monde Politique [en ligne], 08/06/2016, – , consulté le 10/06/15 URL : http://www.lemonde.fr/politique/article/2016/06/08/la-loi-sapin-ii-pose-les-fondements-d-une-protection-des-lanceurs-d-alerte_4942256_823448.html

2 – M. Sapin – J-J Urvoas – E. Macron, Projet de loi relatif à la transparence,à la lutte contre la corruption et à la modernisation économique, Quatorzième législature, n° 3623, 30/05/2016, consulté le 10/06/2016 URL http://www.assemblee-nationale.fr/14/projets/pl3623.asp

3 –  Le Monde.fr – AFP, La loi Sapin II pose les fondements d’une protection des lanceurs d’alerte, Le Monde Politique [en ligne], 08/06/2016, – , consulté le 10/06/15 URL : http://www.lemonde.fr/politique/article/2016/06/08/la-loi-sapin-ii-pose-les-fondements-d-une-protection-des-lanceurs-d-alerte_4942256_823448.html

Webographie :

Wikileaks et les  mythes de l’ère numérique
 http://www.cairn.info.faraway.u-paris10.fr/article.php?ID_ARTICLE=news%C2%B720100901%C2%B7MD%C2%B719653&DocId=398488&hits=1262+1220+1211+1192+1111+864+813+725+522+479+374+282+219+191+23+7+

Wikileaks ou les secrets de la transparence
 http://www.cairn.info.faraway.u-paris10.fr/article.php?ID_ARTICLE=AE_299_0079&DocId=370262&hits=644+597+585+523+203+55+14+1+

La culture du secret et ses enjeux dans la « Société de communication »
http://quaderni.revues.org.faraway.u-paris10.fr/410

Lanceur d’alerte et la protection des sources
https://www.laquadrature.net/fr/node/9524

Le quotidien pendant huit années d’un « lanceur d’alerte »
http://www.cairn.info.faraway.u-paris10.fr/article.php?ID_ARTICLE=GECO_103_0094&DocId=74382&hits=1478+1476+1472+1068+516+328+164+162+10+8+4+

Identifier, rechercher et surveiller par les traces
https://www.cairn.info/article.php?ID_ARTICLE=TC_061_0166&DocId=489277&hits=6462+6461+

Le défi des nouveaux usages numériques : la sécurité des entreprises à la peine
https://www.cairn.info/resume.php?ID_ARTICLE=SESTR_011_0057

« Vers la création d’une agence anti-corruption »

http://www.lesechos.fr/22/07/2015/lesechos.fr/021221697952_vers-la-creation-d-une-agence-anti-corruption.htm

Filmographie :

Manufacturing Consent: Noam Chomsky and the Media” – 1992 , 167mn, réal. Mark Achbar – Peter Wintonick

 

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