L’information, ce nouvel Eldorado

Février 2030. La guerre à l’information entre la télévision et le web s’est aggravée considérablement et a totalement modifié le rapport de la société à l’information.

Les journaux papier ont été les premières victimes de cette guerre, ils ont disparu petit à petit de la surface de la terre, ne pouvant plus rivaliser avec l’instantanéité du web ou de la télévision. Toujours un train de retard, les journaux n’ont pas su se renouveler pour garder leurs publics. Nous sommes aujourd’hui dans une société où se renouveler est indispensable pour survivre, sinon l’extinction est inévitable. Le journal Libération a été le dernier à mettre la clé sous la porte, les lecteurs étant de moins en moins au rendez vous. Qu’en est-il des aides de l’Etat ? Ne se devait-il pas de sauvegarder ces journaux, symboles du patrimoine culturel français? Il a décidé de se tourner vers l’avenir et de faire confiance aux nouveaux moyens de traitements de l’information.

Le web, premier relais d’informations

Le web a remplacé la presse écrite dans le coeur des lecteurs. Il est devenu le premier relais d’informations pour les lecteurs. La gratuité du web est une des raisons de ce changement, mais l’immédiateté des informations en est la principale raison. La société exprime un besoin d’être constamment informée. L’accès rapide aux informations par les nombreux canaux à notre disposition, des smartphones, des ordinateurs en passant par les tablettes ou les montres connectées, changent notre façon d’acquérir l’information. Les notifications des applications nous permettent d’acquérir non stop l’information. Aujourd’hui, l’information a pris tellement d’importance dans la vie des personnes, qu’il n’est plus rare d’interrompre une conversation lors de la réception de notifications liées à l’actualité. Ces différents objets font la liaison entre l’information et le lecteur, ils sont les vecteurs de l’information. Cependant, jamais ils ne s’arrêtent, et placent le lecteur en surcharge informationnelle. « L’information, qui autrefois était aussi rare que le caviar, est désormais surabondante et de consommation courante, autant que les pommes de terre ». Cette citation de David Shenk illustre bien la situation dans laquelle se trouve la société et cela depuis des années maintenant. Le flux d’informations circulant à l’heure actuelle dans notre société est beaucoup trop important et toutes les informations ne peuvent pas être traitées convenablement. Une spécialiste française Caroline Sauvajol-Rialland parle même d’ « infobésité » pour décrire la situation dans laquelle se trouve les populations. Cet état d’ « infobésité » s’est nettement aggravé lors de l’émergence des réseaux sociaux et du web participatif. Les sites internet tels que MédiaPart ou Rue89 se sont développés à vitesse grand V, comme sur les réseaux sociaux, les internautes participent constamment à la diffusion de l’information. N’importe qui peut être à l’origine de contenu d’informations. Avec le web participatif, tout le monde peut se prétendre journaliste et donc prétendre donner des informations de qualité aux internautes. Comment reconnaître des informations de qualité? Effectivement, nous sommes dans une société de consommation d’informations: matin, midi ou soir. Nous ne prenons pas attention à ce que l’on nous sert sur un plateau et la digestion des information peut s’avérer de plus en plus difficile.

Cette difficulté à digérer les informations entraîne pour le lecteur une difficulté à hiérarchiser et à analyser les informations. Cette omniprésence empêche l’auditeur de prendre pleinement conscience des informations qui lui parviennent. Une information peut rapidement et durablement prendre ascendance sur les autres. Ce n’est alors pas les lecteurs qui font la hiérarchisation des informations, mais plutôt les moyens d’informations, ceux qui véhiculent l’actualité. Cependant, cette hiérarchisation est réalisée en fonction des lecteurs ou des téléspectateurs. On retrouve toujours cette notion de plaire au plus grand nombre. Il faut alors faire un choix: rentrer dans le moule ou se sentir différent. Il y a donc une tendance à suivre ce que l’on nous expose sur le web et à la télévision à cause d’une surexposition de l’information. Certaines sont alors reléguées au second plan et passent inaperçues dans le flux constant et massif d’informations. Les auditeurs se concentrent sur une seule et unique information et en oublient le reste. Une redondance de l’information qui a fortiori crée une abrutisation du public. Il en oublierait presque de se faire ses propres opinions et se contente de suivre ce qu’on lui montre ou raconte. En effet, les images plus que les faits eux mêmes communiquent des informations, pas forcément toujours exactes, ce qui conduit à une désinformation du public. On influence grandement le public par le biais de la hiérarchisation des informations. La désinformation via des images, des sons, des montages peut fausser la véracité des informations ou alors gonfler de manière artificielle les informations. Elle est utilisée en connaissance de cause, sans mauvaise conscience. Les journalistes sont les instruments de cette désinformation, payés par de grands groupes ou des personnes influentes pour dissimuler des faits ou promouvoir un produit, l’impartialité ne subsiste que très peu dans notre société. Très peu de journalistes sont restés indépendants et intègres, il n’ y a plus de déontologie, de morale. Aujourd’hui, il n’est pas étonnant de voir un journaliste exposé ces opinions politiques, de prendre parti pour telle ou telle personne, de donner son avis. Les réseaux sociaux ont exacerbé le rôle des journalistes dans la société. Sans contrôle, on peut tout y dire, tout y écrire. Twitter et ses comptes liés à l’actualité en sont le parfait exemple. Des journalistes y ont créé des comptes pour contrecarrer les instances officielles comme les agences de presse. L’improvisation fait que les informations sont transmises à la va vite, sans vérification poussée. La réactivité n’a parfois rien de bon, mais le public que l’on pourrait qualifier de consommateur acharné, demande cette réactivité et il faut le satisfaire sans cesse.

Une course à l’information sans fin ?

Cette satisfaction a participé à l’accélération de la course à l’information sur le web et à la télévision. Il faut dire que le lecteur surfe de manière éphémère, c’est à dire n’est pas fidèle à un site web en particulier. L’auditeur va là où le contenu l’intéresse. Cela est, cependant, moins vrai pour une chaîne de télévision, où les téléspectateurs ont leurs habitudes. Les sites internet utilisent les techniques de marketing pour se différencier des uns des autres notamment la présence de la publicité en quantité, des articles payants, des abonnements ou même des achats de mots clés sur les moteurs de recherches.
Les médias, dans cette guerre à l’information, ont perdu leur côté informationnel au profit du sensationnel. Le buzz médiatique est leur outils de prédilection, il attire le consommateur dans une spirale de rumeurs, de sensationnels et d’images qui tendent à l’attiser, à l’exciter. On se retrouve, journalistes, à mettre en scène l’information à la manière d’un évènement immanquable. Et c’est à celui qui trouvera l’information la plus « buzzante ». L’image joue un rôle prépondérant dans les esprits. Les images transmettent une idée conforme à la réalité. Grâce aux images et au buzz, le consommateur reste alors devant son écran et en réclame encore plus pour satisfaire sa curiosité. Cette dernière ainsi que la recherche du scoop et sa publication hâtive conduisent inévitablement à des dérives. Les médias sont-ils en train d’évoluer péjorativement, c’est à dire de se transformer en médias irresponsables? Alors qu’ils se devraient de préserver les téléspectateurs, les auditeurs, les images ou les informations qu’ils diffusent peuvent les mettre en danger. Janvier 2015, lors des premiers attentats en France, on assiste à une première dans les médias. Le scoop est privilégié et met en danger des vies humaines, la sécurité de la société est relégué au second plan. Chaînes d’informations, sites web ou réseaux sociaux, tous ont joué un rôle dans la divulgation d’informations pouvant entraîner un danger immédiat. Tous entraînés dans une folie médiatique, où l’éthique, la morale ont entièrement disparues au profit du scoop, de l’évènement ou du direct. Mais là où l’éthique des médias semble s’éloigner, celle du public, de la société suit-elle le même chemin? Une majorité condamne ces usages de l’information. Malgré tout, dans un moment où la société vit un drame, chaque personne veut être rassurée et par conséquent informée. C’est la nature humaine tout simplement qui prend le pouvoir, le voyeurisme ou le sensationnel prime sur la morale.

Bibliographie: 

SHENK David , Data Smog, Surviving the information glut, Harper Collins Publishers, 1998

SAUVAJOL-RIALLAND Caroline, Infobésité: comprendre et maîtriser la déferlante d’informations, Paris, Broché, 2013

Sitographie:

Alchimy, http://alchimy.info, Anna GRAHM, Consulté le 18 février
http://alchimy.info/la-mediacratie-et-la-course-a-linformation/

Atlantico, http://www.atlantico.fr, Patricia CHAPELOTTE, Mai 2012, Consulté le 16 février
http://www.atlantico.fr/decryptage/surinformation-affaire-kerviel-exces-communication-nouvelle-consommation-information-patricia-chapelotte-368972.html
Le Monde, http://www.lemonde.fr, Laurence GIRARD, Pascale SANTI, Avril 2009, Consulté le 15 février http://www.lemonde.fr/technologies/article/2008/06/18/la-course-a-l-audience-des-sites-d-information-s-accelere_1059702_651865.html

Libération, http://www.liberation.fr, Erwan CARIO, Novembre 2017, Consulté le 18 février
http://www.liberation.fr/futurs/2015/11/17/sur-twitter-le-sprint-a-l-info_1414127

Marianne, http://marianne.net, Aline JOUBERT, Bruno RIETH, Janvier 2015, Consulté le 16 février
http://www.marianne.net/Medias-ils-sont-ou-les-irresponsables_a243711.html
Stratégies, http://www.strategies.fr, Jean-François HUYGHE Juillet 2009, Consulté le 15 février
http://www.strategies.fr/magazine/article/33078/making-of-de-plus-en-moins-d-infos.html

Laisser un commentaire