ONG :WORK-IN-PROGRESS

Le temps est révolu où l’on pouvait se permettre de ne penser qu’à soi, qu’à sa communauté restreinte. Désormais, il nous est impossible d’ignorer tout ce qui nous lie et les responsabilités que cela suppose. Nous sommes plus de six milliards sur Terre, et il n’y aura pas de développement durable si nous ne parvenons pas à vivre ensemble ». Yann Arthus Bertrand- 2009

 

Paris, Mai 2030- Yann Arthus Bertand l’avait prédit comme beaucoup d’autres. La planète souffrait déjà en 2009 et aujourd’hui elle hurle à sa fin. L’humanité doit faire face à de nombreuses catastrophes sociales, naturelles, politiques, mondiales… Les mots humanité et solidarité ont perdu de leur force mais ne cessent de se battre et de trouver des solutions aux travers de nouvelles inventions, valeurs et idéologies.

Les ONG ne sont jamais autant intervenues que ces dernières années avec pour but une logique d’action fondée sur la nécessité d’apporter une assistance à des populations dont la survie est menacée. En plus de cette aide d’urgence, ces organisations doivent faire appel à la solidarité des collectivités et de la société qui subissent tout autant ces crises. En parallèle, le numérique est devenu l’Eldorado des communautés, la nouvelle arme des infrastructures qui rime avec dénouement. Les associations n’ont pas hésité à l’utiliser dans un objectif de bien commun.

Comment nos ONG ont elles basculé dans une organisation moins individualiste et plus technologique, tout en gérant un monde où l’humanité entière a besoin d’aide ?

 

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Typologie des catastrophes naturelles – http://limitesdelinterventionhumaine.e-monsite.com/pages/typologie-des-catastrophes-naturelles-a-partir-d-exemples-et-leurs-consequences.html

ONG connectées

Les changements climatiques et les guerres ont depuis quelques années, déclenché une tornade au sein des populations et des ONG. Ces dernières ont dû s’adapter au monde moderne et changer leurs habitudes pour intervenir plus rapidement sur les zones rouges dites « en alerte ». En 2016, le président d’UNICEF France, Jean-Marie Dru, reconnaissait les vertus des ONG comme étant des groupes de personnes motivées et compétentes mais qui ne s’inspiraient pas assez des innovations que le secteur privée se permet depuis longtemps. Aujourd’hui, ces organisations sont devenues de véritables petits génies de la connexion rapide et des nouvelles technologies. Encouragées à dépasser leur individualisme pour rechercher des synergies extérieures, les associations ont fait le choix de mettre leurs problèmes de côté, de s’entraider et d’agir pour provoquer les changements souhaités. En s’associant avec les plus grands groupes informatiques comme Microsoft, les ONG ont obtenu gratuitement des capacités en informatiques en ligne, dont l’accès au fameux nuage « cloud ». Bien que ces donations soient perçues dans un but avant tout commercial, les bénévoles et salariés de ces organismes humanitaires en tirent le meilleur parti afin d’augmenter leur présence sur la toile et les réseaux sociaux. Devenues maîtresses de leurs connexions Internet par satellite de façon centralisée depuis leur siège, grâce notamment à DSD (spécialiste de la connexion Internet par satellite),  les ONG peuvent choisir la connexion Internet la plus adaptée à leurs besoins tout en respectant l’environnement. Flexibles et nouvelles, ces connexions prennent en compte le degré d’isolement d’un site, qui privilégiera un équipement robuste et simple d’installation si le site est très isolé, et plus évolué et performant si le site est moins isolé. Ce nouvel Internet ne cesse d’évoluer et de devenir une machine du futur dont le but est de permettre une relocalisation  du VSAT Internet (terminal à très petite ouverture – C’est une antenne parabolique qui nécessite peu de moyens au sol et utile pour relier un petit site aux réseaux de communication, que ce soit pour la téléphonie ou pour Internet) par satellite lorsque les équipes ONG se déplacent et d’offrir une disponibilité du service afin de garantir au maximum la sécurité du personnel des ONG qui se trouve dans des zones à risques où la coupure de communication peut mettre les équipes en danger.

 

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http://kits.ng/connectivity/satellite-connectivity/

 

Des nouvelles missions, des nouveaux métiers… de la connectivité humanitaire

Je fais partie de l’ONG WWF et vis ces changements avec détermination et innovation. Mon métier ? Je suis chargée de Transmédia Humanitaire. Mixte de  transmedia producer, de chargé de communication et de fundraiser, mes missions sont de sensibiliser l’opinion public, de créer des applications et des campagnes de communication originales et connectées. Il faut sans cesse faciliter l’accès des médias vis-à-vis des ONG. En effet ces acteurs sont le lien entre les donateurs et nos organismes. Ils peuvent changer la vision d’individus en quelques mots. En plus de ses tâches, je gère le marketing et le financement des missions via des campagnes de solidarité qui se résument en trois mots: convaincre-négocier-collecter, tout en assurant la cohérence globale de l’univers transmedia et en centralisant les échanges entre les différents acteurs du projet. Je suis une sorte d’architecte du transmedia concentrée sur la solidarité.  Ces tâches à profusion prouvent encore des lourdes responsabilités que bénévoles et salariés doivent porter sur leurs épaules pour faire vivre leur ONG. 93 en 2016, nous ne sommes plus que 60 chez WWF. Nous devons nous adapter continuellement aux catastrophes et être multitâche. Grâce aux Nouvelles technologies, nos missions sont plus rapides et efficaces. Nous nous sommes associés à différentes ONG dont Greenpeace. La concurrence qui pouvait exister il y a quelques temps, est devenue un vague souvenir. Nous n’avons plus le temps d’être des associations « business ». Nous sommes à présent des acteurs de solidarité et de bienveillance. Nos bureaux sont en relation 24/24 avec petites ou grandes associations partout dans le monde. Notre objectif est de devenir une grande entité qui permettra une communication plus facile et dynamique.

Récemment un méga tsunami a recouvert l’île de la Palma dans les Canaries, provoquant de redoutables conséquences sur la vie humaine et sur l’environnement. A partir de notre cartographie connectée, nous avons rapidement été alertés de la catastrophe et avons communiqué via une plateforme internet ONG  avec les différents organismes du monde afin de savoir qui interviendrait où et qui ferait quoi. La géolocalisation 2.0 est devenu le point fort de notre secteur. Après la naissance de CartOng et de son efficacité en terme de création de cartes basées sur les données fournies par des ONG, des firmes ont décidé de travailler sur ces projets et de les développer afin de créer une cartographie ONG gigantesque s’appuyant sur l’outil collaboratif Open Street Map, une base de données géographique à laquelle toutes les ONG participent avec pour nouveauté, les particuliers qui peuvent également collaborer aux données et informations utiles à la géolocalisation des incidents. Cette ouverture au public est une innovation incroyable qui soulage le monde humanitaire et rapproche la société. Les individus sont plus complaisants à donner de leur personne, à participer à la collecte d’informations dans le but de sauver des vies. Notre objectif n’est plus de leur réclamer des dons mais d’entrer dans la collectivité humanitaire. Chaque matin, je vérifie la carte partagée afin de prendre conscience du besoin demandé ou des accidents déjà traités. Afin d’alimenter la cartographie, je collecte et exploite chaque donnée afin de les utiliser de manière pertinente. Cette technique a été mise en place lorsqu’ Ebola ravageait l’Afrique. Il était urgent de recenser tous les cas afin de connaître l’évolution du virus.  Nous n’avons plus besoin d’accourir sur le terrain sans trop savoir quoi faire. Dans le cas de Palma, des ONG espagnoles sont rapidement intervenues en annonçant leur présence dans telle ville de l’île et en demandant du renfort sur certains points annoncés de couleur rouge. Nous avons instauré un code couleur permettant de réagir rapidement : rouge : besoinbleu : intervention en coursvert : tout est rétabli, accompagné de commentaires ou autres codes pour détailler la situation et le besoin nécessaire. Le 3.0 a transformé nos objets du quotidien en outils d’information et d’initiation. Nous sommes tous parés d’une montre ultra-connectée reliée à la carte partagée qui signale toute perturbation. Cette montre s’inspire largement du prototype iWatch d’Apple.

 

 

 

 

 

E-donateur

Comme expliqué auparavant, le donateur est devenu avant tout un participant à  nos missions. Nous sommes devenus des points de connexion et devons nous servir de cette capacité à être informé et à pouvoir informer dans une dynamique record. Alors que le but des années précédentes était de réclamer de l’argent pour faire vivre les ONG, le particulier a obtenu un nouveau rôle. Bien évidement nous avons toujours besoin de dons. C’est là que mon travail intervient le plus. Je dois rendre les demandes de dons agréables et attractives aux yeux du public. Pour aboutir à ça : le transmedia et la communication énergique. Le mot donateur a pris une nouvelle tournure : E-donateur. Chaque jour, nous nous obligeons à diversifier la provenance des sommes et à séduire une nouvelle cible de bienfaiteurs, tout en faisant évoluer le mode de récolte. L’opacité sur l’utilisation des sommes versées, qui effrayaient les individus, est aujourd’hui une donnée ouverte à tous afin de rassurer les publics. Les plus de 65 ans, restent la majorité à donner, mais l’ouverture des données et la participation numérique a ouvert les yeux des plus jeunes qui n’hésitent pas à faire des dons de montants différents via leur ordinateur ou smartphone. Ces E-donateurs sont l’avenir financier des ONG. Ces personnalités sont sensibles aux catastrophes et images chocs qui touchent la planète. Via leur hyper-connectivité sur les réseaux sociaux et autres sites, ils sont exposés à une source d’informations omniprésentes et instantanées qui les pousse à donner, mais encore faut-il que le mode de paiement soit simple et rapide. Difficiles à fidéliser, j’ai pour objectif de les séduire, de créer une relation dans la durée et de les informer via des applications ou jeux ludiques connectés afin de favoriser un engagement régulier. Grâce à notre présence sur les réseaux sociaux, WWF connaît une augmentation de participation chaque jour. Facebook est une interface pour nous faire connaître aux yeux de tous. L’E-donateur est donc un nouveau donateur mais également un relais de communication pour les ONG.

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En 2014, les associations se sont fortement installés sur les réseaux sociaux – cr/blog/2015/04/5e-barometre-e-donateurs-limite-ifop-1-francais-sur-4-declare-faire-des-dons-par-internet/

Nouveaux outils – Nouvelles applications

Pour fidéliser les E-donateurs, nous mettons en place des outils originaux de récupération de dons qui installent l’internaute dans une sphère de confiance où il n’a pas juste le sentiment de devoir donner de l’argent. Zegive a compris le concept en proposant d’arrondir en un seul clic le montant des achats fait en ligne au profit d’une ONG ou projet caritatif. De même pour Microdon qui propose aux salariés et aux entreprises de reverser les chiffres obtenus après la virgule à une ONG.

 

Ces stars-up se sont associés à nos organismes et à de grandes marques comme la FNAC ou le média Le Parisien qui participent à cette collaboration. En plus de ces outils, certaines ONG comme WWF travaillent sur leur visibilité sur le web. J’informe régulièrement via des posts, des échanges, des vidéos, des photos de l’avancée de certains projets et du résultat des interventions. En plus, de notre présence 2.0, nous travaillons sur des jeux ludiques pour toucher nos donateurs et les sensibiliser aux problèmes environnementaux et sociaux auxquels nous faisons face. Ces jeux semblent étranges au premier abord mais le résultat est positif. Les internautes prennent le temps de cliquer, de visualiser et de se promener à l’intérieur du contexte. C’est un travail de transmedia qui réclame un certain savoir-faire et du recul. Nous ne sommes pas là pour faire la promotion du dernier Spielberg mais pour présenter nos ONG d’une manière plus agréable et excentrique. En 2006, l’artiste Suzanna Ruiz avait lancé ce concept d’interactivité avec son jeu Darfur is Dying, dont le but est d’aider un habitant du Darfour à trouver de l’eau en passant à travers les filets des militaires et autres obstacles.

 

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http://www.darfurisdying.com/

 

Chaque jour, nous travaillons sur différents projets de jeux qui aident à prendre conscience des stéréotypes masculins et féminins ou des conséquences de nos gestes sur la planète. Certains ont trouvé une forme plus physique sous forme de cartes par exemple. Développés avec l’assistance d’ONG comme Games For Change spécialisées dans les jeux sérieux, nous les concevons  dotés de valeurs sociales qui sont un moyen de mobilisation et donc de participation de la société. C’est un nouveau support qui attise la curiosité et la compassion. C’est une rupture avec le documentaire informatif où le spectateur est passif alors que là nous l’invitons à participer aux situations délicates de notre communauté. La fabrication d’applications est devenue un investissement lourd pour notre budget mais cela vaut le coup. Avec la participation collective d’entreprises privées ou publiques nous arrivons à aboutir à de réels projets positifs pour l’avenir de la communauté planétaire. Le smartphone est devenu l’outil de vie des individus qui n’hésitent pas à se le greffer via des accessoires comme le Circlet, un bracelet qui offre la possibilité d’avoir un téléphone virtuel.

Malgré les nombreuses catastrophes, les consommateurs n’oublient pas de vivre avec leur temps. Le téléchargement d’applications à doublé de volume (40% chaque année) nous obligeant à être performants sur nos conceptions, nos objectifs et le message que nous souhaitons faire passer. C’est devenu un outil de communication à travers lequel, les internautes échangent et participent. Avec le développement de la géolocalisation et l’uberisation, des applications, inspirées de Benevole At Home, s’accroissent. Créée par Grégory Molter, Benevole At Home subvient aux besoins des pauvres en mettant en relation bénévoles et personnes démunies via une géolocalisation. L’idée a rencontré des difficultés de logique à ses débuts notamment avec le problème que les plus démunies n’ont pas forcément le dernier smartphone pour télécharger l’application. Mais les efforts de tous et une évolution des outils technologiques ont permis, aujourd’hui, de capter les demandes urgentes. Dans certaines villes, des bornes aux écrans tactiles, remplaçant nos vieilles cabines téléphoniques, ont été installées afin que les personnes nécessiteuses puissent demander de l’aide aux différentes ONG reliées aux applications de secours humanitaires. D’autres utilisent la reconnaissance faciale numérique pour retrouver des proches perdus lors d’une catastrophe naturelle ou d’une guerre.

 

 

 

http://www.tuxboard.com/les-cabines-telephoniques-du-futur/

 

Les ONG ont longtemps souffert de leur statut de demandeurs de dons. Aujourd’hui, elles ont su s’adapter à de nombreux profils et créer une collaboration et une participation de la part de tous. Nous pouvons réellement parler de solidarité. Les NTIC ne sont plus seulement utilisées dans un but de consommer mais également dans le but de sauver des vies. Mon travail est de développer cette participation et envie de coopérer à une amélioration de notre vie. Ce métier est une bombe à retardement qui réclame une finalité précise et fiable. C’est la preuve que le transmédia peut s’adapter à tous les secteurs et est une véritable séduction pour le public qui découvre presque un loisir en participant à la collecte de dons et d’informations.

Le privé et le public s’associent de plus en plus, en particulier lorsqu’il s’agit d’innovation. Les deux secteurs se complètent. Bien que l’objectif ne soit pas toujours le même, nous remarquons un changement d’état d’esprit concernant les ONG. Les catastrophes à répétition auxquelles nous sommes confrontés, développent la coopération au sein la société. Les ONG se développent de manière cohérente en prenant en compte les nouveaux outils et nouvelles demandes. WWF ne cesse d’agrandir son champ d’action. Nous ne parlons plus d’associations de protection de l’environnement ou de l’enfance mais d’ONG polyvalentes et technologiques. Notre enjeu actuel est de renforcer la participation au mouvement identitaire global et d’empêcher toute implantation politique et économique dans nos projets et buts.

 


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