Tisser son avenir sur la toile de l’Internet

Janvier 2030. A la rédaction de L’Obs. L’annonce de l’arrêt définitif de notre magazine papier a eu l’effet d’une bombe dans le service. Tourner le dos au papier pour mieux plonger dans le cyberespace, nous a-t’on dit…

Rien de surprenant. Nous savions que le secteur de la presse ne serait plus jamais comme avant et que notre métier non plus. Depuis une vingtaine d’années, le boum des nouvelles technologies et l’essor du web 2.0 a changé les habitudes de consommation des masses, notamment en terme d’information. Le secteur de la presse écrite est à bout de souffle. Les écrans ont finalement remporté la bataille face au papier. La révolution de Gutenberg s’est inclinée devant Internet.
Depuis une vingtaine d’années, nous assistons à la reconstruction totale du métier de journaliste. En effet, nous, simples « écrivains », avons dû nous adapter et devenir polyvalent. Nous nous sommes donc confrontés à de nouvelles fonctions. Une multicompétence nous a alors été indispensable pour survivre dans ce secteur en crise. Outre notre principale mission de recueillir des informations, les vérifier, les trier et les rendre accessibles à nos lecteurs ; nous avons dû apprendre à monter nos propres articles, réaliser des vidéos, des infographies pour des diffusions sur le web. Nous avons été confronté à la maîtrise de l’utilisation de caméras, des diverses techniques de photographies, à l’écriture spécifique pour le web. Un nouveau métier a fait son entrée, celui de community manager et nous a rapidement fait de l’ombre.

Le passage intégral au numérique fait de nous des rédacteurs web à part entière. Un changement, en terme notamment de périodicité de l’information. Nous allons devoir écrire davantage, aller au rythme du web. Nous devons donc passer d’informations hebdomadaires à des informations quotidiennes, voire multi-quotidiennes.

Une perpétuelle course à l’information

Les informations allant toujours de plus en plus vite sur le web, nous nous devons de rester vigilants face à nos sources d’informations. Nous sommes confrontés à une concurrence que nous ne connaissions pas auparavant, celle des internautes. Aujourd’hui, le métier de rédacteur à proprement parler est mort car chacun l’est devenu. Le journaliste n’est plus le seul à raconter le monde, il a définitivement perdu le monopole de l’information. Sur les réseaux sociaux, les blogs, tout le monde partage ses connaissances, publie des informations, qu’elles soient vérifiées ou non. Cette infobésité a ses limites, le public a tout de même besoin de références pour comprendre et appréhender le monde qui l’entoure. Le web a une « spécificité d’être à la fois émetteur et récepteur d’information » (Olivier Porcherot, journaliste). Nous, journalistes, devons alors nous positionner et recevoir l’information d’une part et la diffuser de l’autre. Nous sommes donc devenus des modérateurs d’information. En effet, être plus informé ne rime pas avec être mieux informé. Au contraire. Trier toutes ces données, qui ne s’arrêtent jamais et ne cessent d’accroître, nous prend beaucoup plus de temps que notre mission principale, qui est celle, justement, d’informer les citoyens. S’adapter ou disparaître ? L’ère numérique nous contraint à nous repenser et nous réinventer pour survivre. Triste réalité…
L’enjeu de la durabilité du « journalisme » à l’heure du numérique est situé dans la recherche d’un équilibre entre un journalisme comme nous l’avons connu auparavant, nourri d’enquêtes et de reportages, et les nouvelles pratiques apparues sur le web: des discussions et des débats en ligne, la proximité avec le lecteur,…

Appuyez sur le « Buzzer » !

Nous assistons également à la désastreuse ascension du journalisme sensationnel. Cette forme de « journalisme » consiste à dramatiser certains événements par le choix du titre, de la photo, du vocabulaire employé. Le but premier étant d’attirer l’attention des lecteurs
et internautes. Avec ce phénomène de buzz nous ne sommes plus dans la hiérarchie de l’information mais dans une sorte de suivisme social. La course à l’audience pervertit donc les lignes éditoriales, y comprit celle des grands journaux. Le côté informationnel est alors
mis de côté pour laisser place à une déferlante d’absurdités. Malheureusement, ce buzz paye. Avant, il touchait en majorité les jeunes, toujours à l’affût de la dernière vidéo, aujourd’hui il vise la majorité des internautes. Cette information spectacle, comme on peut l’appeler, permet d’en mettre plein la vue au public, que ce soit des images ou vidéos à tendance humoristiques comme des images violentes. L’information devient un divertissement et cela n’a désastreusement pas fini d’évoluer.

Robot… Or Not ?

Outre les changements en terme de formes d’écritures et de propagation de l’information, nous vivons dans un monde où les technologies ne cessent de s’améliorer, de se réinventer.

Au sein de L’Obs, nous avons vu au fil des années de véritables changements. Nous ne nous servons plus ni de stylo ni de clavier mais dictons à haute voix ce que nous voulons publier. Les mots défilent donc à une vitesse folle sur nos écrans. Nous ne nous déplaçons plus pour interviewé les gens. Pour un gain de temps, nous préparons au préalable notre trame qui est directement envoyée à la personne concernée qui nous répond sous forme de vidéo. Des salles ont entièrement été aménagées d’écran géants et nous avons la possibilité de voir l’interview de ces personnes en hologrammes.

Les objets connectés ont envahi notre quotidien. Les lunettes par exemple font désormais parties intégrantes de nos habitudes. Tous les jours, nous prenons des vidéos, des photos et les partageons ensuite sur les réseaux sociaux ou sur le site de L’Obs grâce à ces fameuses montures. Au travail, nous nous en servons principalement pour prendre connaissance de certaines statistiques et pour envoyer et consulter des mails. Ces lunettes sont bien loin de celles inventées par Google. Des multitudes de marques les concurrencent, avec chacune la préoccupation de l’esthétique.

Des améliorations qui sont tellement extraordinaires qu’elles nous font aussi défaut. Depuis quelques temps, au sein de la rédaction se trouve un robot. Oui, un robot. Tout droit venu des Etats-Unis, il révolutionne le monde de l’information, effectuant une écriture automatisée. Celui-ci a la capacité d’écrire des articles à une vitesse inimaginable. La rapidité de ces machines à synthétiser et à percevoir la véracité des différentes données nous dépassent largement. En quelques secondes il est capable de rédiger plusieurs articles.
Face à cette technologie florissante nous sommes impuissants. Avant nous avions peur de la propagation de l’information sur internet, désormais nous craignons que ces robots ne nous remplacent définitivement…

BIBLIOGRAPHIE

SAUVAJOL-RIALLAND Caroline, Infobésité : comprendre et maîtriser la déferlante
d’informations, Vuibert, 2003.

WEBOGRAPHIE

FRANCE 24
http://www.france24.com/fr/20151311-7-jours-france-medias-presse-ecrite-mutation-criserachat-
patrons-drahi-niel-internet , Publié le 13/11/15, Consulté le 28/05/16.

IMPLICATIONS PHILOSOPHIQUES
http://www.implications-philosophiques.org/actualite/une/le-journalisme-est-il-soluble-danslere-
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INA EXPERT
http://www.ina-expert.com/e-dossier-de-l-audiovisuel-journalisme-internet-libertes/lesjournalistes-
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LE MONDE
http://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2010/03/09/l-ere-des-robotsjournalistes_
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SCIENCES-PO ALUMNI
http://www.sciences-po.asso.fr/docs/2012114936_153_dossier-complet.pdf, Publié en
décembre 2008, Consulté le 28/05/16

SLATE
http://www.slate.fr/story/90145/journalisme-robot, Publié le 27/07/14, Consulté le 07/06/16

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